C’est en 1956, sur la scène du Mark Ellinger Theater de Broadway, qu’apparaît pour la première fois la petite marchande de fleurs Eliza Doolittle que son mentor, le distingué professeur Higgins, veut transformer en lady en lui apprenant à parler le bel anglais de l’aristocratie. Aujourd’hui, Christoph Marthaler s’empare, en la décalant bien sûr, de cette émouvante histoire pour en faire un moment de folie musicale, imaginé pour la formidable troupe qu’il a réunie autour de lui. Si la syntaxe, la sémantique et la grammaire sont toujours au programme, c’est dans un laboratoire de langues, composé de petits box individuels hyperréalistes, que les héros marthalériens déclinent une nouvelle fois leur angoisse du temps qui passe, leur mélancolie désuète et leur si touchante solitude. Ils sont tous là pour, entre deux silences, faire leur numéro : chanter, seul ou en chœur, un moment de La Flûte enchantée, Douce nuit, Sainte nuit, les Scènes d’enfants de Schumann ou encore le tube de Wham!, Last Christmas. Car tout est possible dans l’univers de Christoph Marthaler : Karajan peut y croiser Frankenstein, la dégustation collective d’une pomme se transformer en véritable concert vocal, les exercices de diction se muer en un irrésistible comique de répétition. Par la grâce des chanteurs, acteurs et clowns qui le peuplent, ce laboratoire devient alors un jubilatoire espace de liberté, une désopilante rêverie sur la langue et le langage. JFP
Distribution
mise en scène Christoph Marthaler
scénographie Anna Viebrock
dramaturgie Malte Ubenauf, Julie Paucker
direction musicale Bendix Dethleffsen
costumes Sarah Schittek
vidéo Raphael Zehnder
lumière HeidVoegelinLights
son Beat Frei, David Huggel
assistanat à la mise en scène Sophie Zeuschner, Christine Steinhoff
assistanat à la scénographie Blanka Ràdoczy
avec Tora Augestad, Karl-Heinz Brandt, Carina Braunschmidt, Mihai Grigoriu, Graham F. Valentine, Michael von der Heide, Nikola Weisse
et les musiciens Bendix Dethleffsen (piano), Mihai Grigoriu (orgue)
Production Theater Basel
avec le soutien de Pro Helvetia-Fondation suisse pour la culture
Salle de spectacle de Vedène
Spectacle en allemand surtitré en français
Durée : estimée 2h
TARIFS : 36€/29€/16€
Billeterie en ligne
Qu’y a-t-il vraiment dans votre assiette ? Des monstres ? Certains accusent la multinationale Monsanto d’être un nouveau docteur Frankenstein et de ne plus contrôler les bricolages biologiques qu’elle a lâchés dans la nature et les supermarchés. Son attitude ? Contrôler davantage. Quand un fermier de la Saskatchewan décide de lui tenir tête, quatre ans de procès sont déclenchés. Alors, trois avertissements. Un : tous les mots entendus sur scène ont réellement été prononcés. Deux : c’est plus compliqué que David contre Goliath. Trois : une histoire peut en cacher une autre, bien plus menaçante.
Annabel Soutar et sa compagnie Porte Parole reviennent sur ce sujet explosif abordé dans une première version de Seeds, qui soulevait déjà de grands questionnements en 2005. Avec la complicité ingénieuse du metteur en scène torontois Chris Abraham, elle redonne voix à des agriculteurs, des chercheurs, des avocats, des relationnistes de Monsanto et des activistes, afin que chacun joue le rôle qui lui est assigné dans le grand théâtre économique contemporain.
MISE EN SCÈNE: Chris Abraham
TEXTE: Annabel Soutar
AVEC: Bruce Dinsmore, David Ferry, Mariah Inger, Alex Ivanovici, Tanja Jacobs, Cary Lawrence
Liisa Repo-Martell
LUMIÈRES: Ana Cappelluto
SCÉNOGRAPHIE ET COSTUMES: Julie Fox
SON ET COMPOSITION: Richard Feren
INSTALLATIONS VIDÉO ET MULTIMÉDIA: Elysha Poirier
AVEC LE SOUTIEN DE Hexagram + Playwrights’ Workshop Montréal
RÉDACTION: Paul Lefebvre
TRADUCTION: Neil Kroetsch
UN SPECTACLE DE Porte Parole + Crow’s Theatre
Création au Young Center for the Performing Arts, Toronto, le 18 février 2012
Théâtre d’Aujourd’hui
7 - 8 juin - 19 h 00, 9 juin - 16 h 00
Durée : 2 h 30 avec entracte
En anglais
Tarif régulier : 30$, 30 ans et - / 65 ans et + : 25$, Acheter en ligne
En parallèle
Créer en français et en anglais au Québec
Rencontre avec les artistes en salle après la représentation du 8 juin
Annabel Soutar
Décaler les regards
En janvier 2000, un objet théâtral atypique intitulé Novembre était présenté sur la scène du Studio du Monument-National : 16 comédiens jouaient verbatim des paroles prononcées lors de la campagne électorale québécoise de novembre 1998. Avec cette création, écrite par Annabel Soutar et mise en scène par Alex Ivanovici — qui, encore aujourd’hui, codirigent la compagnie —Porte Parole venait d’entrer en scène. Dans ce premier spectacle étaient déjà présentes les lignes de forces de leur démarche artistique : collecte de paroles, montage du matériau avec le souci d’une multiplication des points de vue, mise en valeur de la nature ambigüe des objets sociaux et politiques, recherche des enjeux réels derrière les enjeux apparents, le tout dans une perspective citoyenne. Ainsi, Porte Parole s’est intéressée entre autres aux marchés financiers (2000 Questions, 2002), à l’immigration algérienne (Montréal la Blanche, 2004), aux échanges économiques entre le Canada et la Chine (Import/Export, 2008) et à la construction des infrastructures routières (Sexy béton, 2009-2010). Principale auteure de la compagnie, Annabel Soutar est née à Montréal ; elle a été formée en théâtre documentaire par Emily Mann au cours de ses études à l’Université de Princeton.
Chris Abraham
Pour Seeds, Porte Parole s’engage dans une première collaboration avec Chris Abraham, le directeur artistique du Crow’s Theatre de Toronto : artiste engagé, à l’étonnante envergure — sa pratique va de Sophocle à John Mighton en passant par Ionesco —, il est préoccupé par la mise en forme théâtrale des enjeux philosophiques et politiques contemporains.
Échos des médias
“How often do we get the opportunity to wrap our heads around the big questions of our time and really flex that muscle between our ears? Seeds is that opportunity. It is a stunning and vastly important piece of documentary theatre by the much-admired Montreal playwright Annabel Soutar”
Allan Gould, postcity.com
“Soutar has done such a good job sowing the seeds of doubt that you wonder if this is nothing more than passionate rhetoric. Her play gives us plenty to think about, but leaves us to make up our own minds…”
Martin Morrow, The Globe and Mail, 23 février 2012
“As narrative, [Annabel Soutar’s] script is both thoughtful and exciting; it makes the science fairly clear and the personal issues convincingly complex. The play has been masterfully staged by Chris Abraham. […] The whole is one of the most impressive docu-dramas I’ve seen.”
Robert Cushman, National Post, 25 février 2012
“Everything works – the actors and their multiple character, Abraham’s complex staging. Julie Fox’s imaginative set, Elysha Poirier’s visuals, Richard Feren’s atmospheric stage designs, Ana Cappelluto’s precision lighting. This is a scintillating evening of theatre. You’ll leave the play in energetic conversation with your fellows.”
Paula Citron, paulacitron.ca, 29 février 2012
“Soutar shows how messy and far-reaching controversies in Big Science have become, and how the restructuring of age-old relationships by new biotechnologies is being enforced and resisted. She wisely avoids heaping all the criticism on Monsanto, questioning Schmeiser’s motives and story as well.”
Jordan Bimm, Now Toronto, 29 février 2012
“Although I’m not fan of documentary drama, I was completely enthralled. Having missed the debut of Seeds in Montreal in 2005, I cannot say to what degree this new production is a reinvention of the old. But it’s got a hybrid style of its own that blends stellar performances, audience participation and beautiful design (by Julie Fox), in its journalistic quest for the whole, scientifically complicated truth. Like John Mighton’s Scientific Americans, Seeds questions the morality of unbridled scientific innovation, while acknowledging the importance of progress. Thinker’s theatre.”
MISE EN SCÈNE: Mokhallad Rasem
COLLABORATION À LA CRÉATION ET INTERPRÉTATION: Duraid Abbas,
Julia Clever, Sarah Eisa, Ahmed Khaled, Mokhallad Rasem
PRODUCTION: Toneelhuis
RÉDACTION: Diane Jean
TRADUCTION: Neil Kroetsch
Création au Monty, Anvers, le 22 avril 2010
25-27 mai – 19 h 00, Théâtre Prospero
Durée : 1 h 45
En arabe, français, néerlandais et anglais
Tarif régulier : 35 $, 30 ans et – / 65 ans et + : 30 $ Acheter en ligne
En parallèle: Rencontre avec les artistes en salle après la représentation du 26 mai
Revenir de guerre
La remise de l’Oscar de la meilleure peur, une préparation de repas assourdissante, un corps porté en bandoulière par un homme blafard et la musique de Nirvana qui hurle que la jeunesse irakienne n’a pas dit son dernier mot… Mokhallad Rasem relève un défi presque impossible : créer un spectacle empreint d’humour et de beauté, à partir des désastres engendrés par les conflits armés en Irak.
En une dizaine de tableaux, Irakese Geesten expose le quotidien d’un peuple ravagé par la guerre mais toujours avide de poésie. Accompagné de comédiens irakiens et de comédiennes germano-flamandes, le metteur en scène jongle habilement avec passé et présent, fiction et réalité, surréalisme et pragmatisme. Ce théâtre sous tension déjoue les clichés avec une ironie bienvenue.
Corps enflammés, gestuelle vigoureuse, vacarme et empoignades, le spectacle grouille d’une énergie endiablée. La vie exulte malgré la dévastation.
Mokhallad Rasem
30 ans et des poussières
Mokhallad Rasem a à peine 30 ans, mais déjà son œuvre est remarquée, récompensée, encensée. Son esthétique claire et sa manière fragmentée de raconter donnent des spectacles étourdissants qui dégagent un dynamisme contagieux. Fils d’un célèbre acteur irakien, Rasem a grandi dans l’amour du théâtre. Il commence sa carrière au Théâtre national de Bagdad, où il présente des œuvres du répertoire occidental, telles que Docteur Faust de Marlowe et Le songe de Strindberg. Il signe des mises en scène avec la troupe Fadaa El Timrin El Moustemer. La création Sorry, Sir, I Didn’t Mean it remporte en 2004 le Prix du meilleur spectacle à l’International Experimental Theatre Festival du Caire.
En 2005, la compagnie fait une tournée en Allemagne. Mokhallad Rasem décide alors de rester en Europe et s’installe en Belgique. À Anvers, il rejoint la compagnie de théâtre Monty avec laquelle il crée successivement BagdadBelgië.com, qui s’attarde sur les différences interculturelles entre Belges et Irakiens, et BagdadMonde.com, qui aborde plutôt la relation entre les Irakiens et le monde. Depuis sa création en 2010, Irakese Geesten a été sélectionné la même année par le Vlaams Theaterfestival (Belqique) et a remporté le Prix KBC de la création au festival Theater aan Zee 2010 (Ostende).
Échos des médias
“Iraqi Ghosts makes us realize how accustomed we have become to the language of everyday war reporting. A disturbing production about a disturbing phenomenon.”
Stijn Dierckx, De Morgen
“By far the most surprising of this past theatre season: a processing of the war in Iraq in ten performance-like scenes. Sometimes presented as an Oscar ceremony, another time as a gluttonous feast served on giant platters: the impossibility of conveying the theme of ‘war’ results in very engaging theatre.”
« Si un son vous dérange, écoutez-le. » Plus que jamais, ce précepte de John Cage entre en parfaite résonance avec l’esprit du Festival TransAmériques. Comment, en effet, rester sourd aux échos d’un monde qui se fait chaque jour un peu plus dissonant, un peu plus discordant ?
Des voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour défendre courageusement les valeurs profondes de l’humanité et de la vie. Ce sont celles de millions de citoyens anonymes sur tous les continents. Ce sont aussi celles des créateurs qui, par la pratique même de leur art, résistent à l’aliénation, à l’endoctrinement, aux réponses toutes faites, à la dictature de l’air du temps. Ils posent des questions fondamentales à leur art, à leur société, à leurs contemporains. Parfois, ils mettent aussi un baume de beauté et d’espoir sur les plaies béantes de la guerre, de l’injustice et de la voracité aveugle d’une mécanique économique que rien, même le simple bon sens, ne semble pouvoir arrêter. Rarement les œuvres n’auront-elles été en prise aussi directe sur le réel que dans cette 6e édition.
D’où qu’ils viennent, quels que soient leur culture, leurs combats, leurs rêves, ces artistes affirment leur unicité, revendiquent sans détour leurs différences. La profusion de formes, de paroles et d’esthétiques de ce Festival nous offre une formidable occasion de nous déprendre des griffes du quotidien et de nous plonger au cœur d’un monde de tous les possibles, battant au rythme de la création contemporaine. On y trouve des appels au changement, de la démesure, des désirs brûlants, des quêtes identitaires, de la colère, de l’humour, de la compassion, de la foi et du doute, des espoirs agissants. Mais également des temps de suspension, de silence, de recueillement. On y trouve encore la puissance libératrice de paroles affirmées sans craindre de choquer et la beauté féroce de vérités livrées sans fard.
Ce Festival n’est pas le lieu d’une seule voix, d’un seul corps, d’une seule génération. Il se veut le lieu de l’ouverture, du dialogue, du choc des idées et des imaginaires. De l’émergence, des passages, de la transmission. Il est le lieu de la fête, de la subversion, de la liberté de penser.
NOUS AVONS DONNE FACEBOOK LE 16 DECEMBRE 2010 DEVANT LA COMMISSION DE CENSURE, SOIT UN JOUR AVANT L’IMMOLATION DE BOUAZIZI, PREMIER CRI DE REVOLTE, PREMIER BATTEMENT D’AILES DU PAPILLON QUI S’EST TRANSFORME EN CYCLONE.
NOUS N’AVONS PU REPRENDRE LE TRAVAIL SUR NOTRE SPECTACLE QU’AU MOIS DE MARS 2011.
AVEC LA REPRISE, NOUS AVONS DECOUVERT UN AUTRE SENS A NOTRE SPECTACLE ET NOUS NOUS SOMMES DECOUVERTS D’AUTRES NECESSITES, D’AUTRES URGENCES ET UNE NOUVELLE ENERGIE.
GENERIQUE
Conception et Mise en Scène : Raja Ben Ammar
Avec : Houda Riahi, Rinda Dabbagh, Raja Ben Ammar, Malek Zouaidi, Najla Jebali, Fourat El Gharbi, Abdelkader Ben Said, Moncef Sayem
Chorégraphie: Souad Ostarcevic
Réalisation de la Scénographie, de la Fresque et des Sculptures : Kaouthar Ben Amara
Réalisation montage Son et Image : Rinda Dabbagh
Vidéaste, Animation fresque et Projection : Ghazi Frini
Eclairage : Mouldi Araar / Akil Harrath
Régie du spectacle : Riadh Ben Mohamed
Directeur de production : Moncef Sayem
PRODUCTION THEATRE PHOU
AVEC LE SOUTIEN DU MINISTERE DE LA CULTURE ET DE LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE DE TUNISIE ET DE GOETHE INSTITUT
Nous vous prions de bien vouloir confirmer et réserver au 71 275 210 ou au 23 953 368
Ismène est un poème sous forme de monologue que Yannis Ritsos a commencé à écrire dans un style dramatique à Athènes en 1966 et qu’il a achevé en 1976 à Samos. Dans Ismène, nous rencontrons un caractère de théâtre condamné à la solitude. D’autant que ce personnage est quelqu’un que nous connaissons de la tragédie Antigone de Sophocle. Ritsos s’inspire d’une vieille légende grecque et créé un lien intéressant entre les péripéties de cette tragédie et ceux de la guerre civile grecque et des événements des années qui ont suivies. Ce faisant, il aborde d’un point de vue humaniste et critique des notions comme le pouvoir, l’amour, la sexualité, la religion, la mort, l’engagement, la liberté, la vertu.
L’état d’abandon du grand palais où Ismène vit seule, son atmosphère riche de souvenirs mais aussi étouffante, sa nostalgie, sa frustration de ne pas avoir vécu comme elle l’aurait souhaitée, sont présentés au lecteur à la manière d’une pièce de Tchékhov. Le véritable intérêt du poème est qu’ici, Antigone est repris sous un autre angle, à la lumière d’événements plus ordinaires, de la vie quotidienne.
Ritsos a voulu nous montrer l’envers du décor, en nous présentant la tragédie de Sophocle du point de vue d’Ismène. Ainsi, l’ancienne légende prend une toute autre dimension et elle est revitalisée avec une interprétation moderne. Le fait que le facteur temps soit utilisé avec tant d’habilité donne au poème de Ritsos une richesse d’analyse que l’on rencontre surtout dans les romans.
(traduction en français: Yiğit Bener)
Ismène de Yannis Ritsos
traduction en turc: Cevat Çapan (poète et ami de Ritsos)
mise en scène: Zeliha Berksoy
dans le rôle de Ismène: Almila Uluer Atabeyoğlu
avec la participation de: İpek Taşdan, Hakan Ummak
Scénographie-costumes: Başak Özdoğan
musique: İlke Boran
production: Berksoy Sanat Akademisi
Prix billet: 20, 10 lires turques
Réservation: tél 0090 (0) 212 219 46 77
Adresse de la salle (black box) Berksoy Sanat Akademisi:
Rumeli Cd. Matbaacı Osmanbey Sok. Bekiroğlu İş Merkezi No 36, Osmanbey, Istanbul
http://www.semihaberksoyoperavakfi.org/index.php
texte: Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi
mise en scène: Fadhel Jaïbi
assistante mise en scène et régie son: Narjes Ben Ammar
scénographie: Kaîs Rostom
musique: Gérard Hourbette (Art Zoyd)
lumières: Fadhel Jaïbi
costumes: Anissa B’diri
avec
Jalila Baccar, Fatma Ben Saîdane, Sabah Bouzouita, Ramzi Azaiez, Moez M’rabet, Lobna M’lika,
Basma El Euchi, Karim El Kefi, Riadh El Hamdi, Khaled Bouzid, Mohammed Ali Kalaî
production: Familia Productions, Bonlieu Scène nationale Annecy
coproduction: TnBA Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, de l’Union Centre dramatique national
du Limousin, de l’Agora Scène nationale d’Evry et de l’Essonne
avec le soutien: du Ministère de la Culture et de la sauvegarde du Patrimoine de Tunisie,
et pour la tournée: de l’Office International de la Francophonie
remerciements à Syhem Belkhodja, à l’équipe de Ness El Fen et à l’équipe de l’espace le Mondial à Tunis
Note d’intention
Responsabilité individuelle, responsabilité collective.
Groupe et individu.
Groupe contre individu.
Individu contre groupe.
Groupe contre groupe.
Telles sont les variations thématiques que nous continuons de creuser pour un Théâtre épique,
ancré ici et maintenant.
La tragédie antique met en scène un choeur malade comme arrière fond de l’action dramatique.
Car le choeur est l’incarnation d’un ordre malade, d’un système en crise, d’une société en plein disfonctionnement, en totale déconfiture en ses valeurs et ses lois, ses convictions et ses rêves.
En Islam, comme chez les grecs, ces multiples lignes de rupture au niveau du groupe, famille, meute, clan, tribu, région, ethnie, patrie, enfantent des individus errants, en perte de repères, écrasés sous le poids de la courbure et de la panique, poussières d’individus atypiques, inclassables ou irréductibles, poussés hors les murs de la cité, expulsés par la loi hors d’elle-même, loi perverse ou figée, inique ou scélérate qui finit par les dresser les uns contre les autres, ou contre elle-même.
La « courbure », la perte de dignité, le découragement, la brisure de l’être humain au cours de sa tentative pour devenir un individu autonome, c’est ce qui transparaît constamment dans le destin des personnages de la tragédie antique.
Il en est de même dans la notion de « OUMMA » (Nation) en Islam, entité définitive et figée qui nie l’existence d’un individu souverain, autonome et citoyen.
Et la « panique » comme dans la tragédie antique, c’est la réaction de l’individu à son expulsion hors du choeur (du groupe). Panique qui nait précisément de la conscience du lien rompu.
Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi
Fable
Le grand homme apprend son limogeage à la télévision.
Chef de l’exécutif dans une république dattière, il tombe comme un fruit vermoulu de son arbre. Sa chute est une inexorable descente aux enfers de la disgrâce, de l’abandon de ses pairs, de l’assignation à résidence surveillée et d’accusations multiples, attisées par la vox populi, faute d’information transparente.
Privé de tous ses titres, postes honorifiques et responsabilités politiques, il se retrouve à l’hôpital psychiatrique après avoir mis le feu à sa bibliothèque.
Placé sous haute surveillance, il y sera traité selon son rang et son prestige, parmi les fous et les détraqués et livré à une hiérarchie médicale et paramédicale arbitraire et fantasque, à l’image du système qui l’avait promu avant de l’éjecter.
Le jour il est face à ses « geôliers », ses médecins, sa famille, ses avocats, ses juges instructeurs qui se relaient à son chevet. Ses nuits agitées sont peuplées par d’autres « visiteurs », ombres errantes et survivants de sa politique désastreuse.
Une journaliste téméraire qui a perdu son âme en « se courbant » devant un régime autoritaire, violent et corrompu, tentera de se racheter une bonne conscience en « l’aidant » à faire son autocritique, histoire de lui fournir l’occasion de sauver son âme, et elle de libérer la sienne qui ne cesse de la tourmenter. Vaines tentatives.
Sur le point d’être livré à la justice, il s’évadera nuitamment de sa chambre d’hôpital grâce à la complicité d’un infirmier dévoué et gagnera clandestinement la frontière, déguisé en bédouine.
Rejoint en exil par son âme damnée la journaliste qui est déterminée à le faire parler par tous les moyens, il consent enfin à entamer avec elle un livre d’entretiens exclusifs dans lequel il compte bien déballer tout ce que sa carrière politique lui a enseigné sur la crapulerie humaine… et tirer son épingle du jeu.
Gracié entre-temps, comme si de rien n’était, il rentrera couler des jours tranquilles dans le pays qui l’avait oublié.
Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi
Fadhel Jaïbi (auteur, metteur en scène) et Jalila Baccar (auteur et comédienne) travaillent un théâtre d’engagement, de chair et de sang, de mouvements et d’émotions, communiquant à leurs spectacles une énergie directe et convulsive. Ils interrogent la condition de l’homo tunisianus contemporain, telle qu’elle s’exprime dans une langue multiple (prose ou poésie pouvant alterner à trois niveaux linguistiques distincts : l’arabe littéraire, le bédouin, le dialecte tunisien urbain), et telle qu’elle résulte d’une histoire complexe, fragmentée, souvent ignorée et refoulée.
Fadhel Jaïbi est une figure incontournable du théâtre arabophone. Depuis 1972, après une vingtaine de créations et trois films, il s’est forgé une stature unique en Tunisie qui lui garantit indépendance, liberté de parole et de création, lui permettant de travailler sans avoir à transiger ni avec le pouvoir, ni avec le marché.
En 2002, Junun (Démences), fut remarqué au Festival d’Avignon.
Corps Otages a été présenté l’année dernière en France à l’Odéon Théâtre de l’Europe à Paris, puis en tournée et notament au national de Bordeaux Aquitaine, à Bonlieu Scène nationale Annecy, la Comédie de Valence scène nationale, la scène nationale du Petit Quevilly, au théâtre de l’Agora scène nationale d’Evry et de l’Essone.
Alexandre Sérébriakov: József Biró
Eléna Andréevna: Imola Kézdi / Enikő Györgyjakab
Sofia Alexandrovna (Sonia): Anikó Pethő / Hilda Péter
Maria Voïnitskaïa: Emőke Kató / Réka Csutak
Ivan Voinitski (Vania): András Hatházi
Mikhaïl Lvovitch Astrov: Zsolt Bogdán
Ilia Ilitch Téléguine: Attila Orbán / Ferenc Sinkó
Marina: Csilla Varga / Csilla Albert
Yephim: Ferenc Sinkó / Orbán Attila
metteur en scène: Andrei Şerban
assistant du metteur en scène: Attila Keresztes
conseiller dramaturgique: Kinga Kelemen
scénographe-costumier: Carmencita Brojboiu
régie plateau: Levente Borsos
souffleur: Imola Kerezsy
Le spectacle a reçu les prix UNITER (Union des Théâtres de Roumanie) de l’année 2007 pour le Meilleur spectacle de l’année, le Meilleur metteur en scène (Andrei Şerban) et le Meilleur comédien dans un rôle principal (Hatházi András).
Tarifs billetterie :
Pour les spectacles dans la grande salle : 15 / 12 / 10 RON
Tarif réduit* : 10 Ron
Pour les spectacles studio : 15 RON
Tarif réduit* : 10 Ron
*Réduction pour les étudiants et retraités, sur présentation d'un justificatif.
Tarif pour le spectacle Oncle Vania: 20 RON
Horaires d'ouverture de la billetterie :
chaque jour de 10h à 13h et de 16h30 à 18h30
tél. : +40-264-593468
Théâtre hongrois de Cluj
26-28, rue E. Isac
Cluj-Napoca, Roumanie
Le spectacle a reçu les prix UNITER (Union des Théâtres de Roumanie) de l’année 2007 pour le Meilleur spectacle de l’année, le Meilleur metteur en scène (Andrei Şerban) et le Meilleur comédien dans un rôle principal (Hatházi András).
collaborateur artistique: Jean-Yves Ruf
collaborateur lumière: Zvezdan Miljkovic
son et musiques originales: Frédéric Morier
assistant son: Jocelyn Raphanel
costumes: Piotr Skiba
vidéo: Jean-Luc Marchina
assistants vidéo: Baptiste Milési, Marc Vaudroz
assistants à la scénographie: Thomas Beimowski, Simira Raebsamen
interprètes: Grazyna Maszkowska, Mariola Odzimkowska
avec: Anthony Boullonnois, Audrey Cavelius, Claire Deutsch, Thibaut Evrard,
Pierre-François Garel, Adeline Guillot, David Houri, Aurore Jecker,Charlotte
Krenz, Lucas Partensky, Guillaume Ravoire, Lola Riccaboni, Mélodie Richard,
Alexandre Ruby, Matthieu Sampeur
production: Théâtre Vidy-Lausanne
coproduction: Les Nuits de Fourvière / département du RhôneLa Colline – théâtre national, MC2: Grenoble
avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
et avec le soutien de l’Institut Polonais de Paris
La pièce de Lars Norén Catégorie 3.1 a paru à l’Arche Éditeur
qui en est le représentant théâtral.
Après Factory2 et Persona Marylin, Krystian Lupa entame une nouvelle exploration, avec comme point de départ Catégorie 3.1 de Lars Norén, auscultation quasi ethnographique des marges sociales. Le titre désigne la case réservée aux cas sociaux dans les formulaires de l’administration suédoise. Dans la pièce, alcooliques, drogués, prostitués, psychotiques, SDF, chômeurs peuplent Sergelstorg, une place du centre de Stockholm.
Les personnages, en panne d’existence et d’histoire, baignent dans une réalité qui, à la manière d’un acide, les dépersonnalise et fait de la scène le lieu où ils viennent se dissoudre. Ou peut-être se sauver? C’est la question que veut poser Lupa entouré, pour sa première création en français, de jeunes actrices et acteurs issus d’écoles d’art dramatique francophones. Comme à son habitude, l’improvisation est au centre du travail : il s’agit pour les acteurs de réinventer leurs rôles en écrivant des monologues intérieurs inspirés par les personnages de Norén, d’explorer les forces de l’irrationnel et du subconscient, et de donner vie sur scène à une réalité pétrie de leurs imaginaires.
Des personnages en panne
Ce qui m’a le plus fasciné dans le texte de Norén, c’est de constater à quel point beaucoup de ces personnages sont désintégrés. Leurs mécanismes sont en panne. Chacun est en panne d’une autre manière. D’ailleurs ce qui m’ennuie un peu, c’est que le fait d’être en panne se répète de façon un peu trop systématique. D’un autre côté, c’est bien sûr une vérité de cette réalité. Ici, aucune intrigue ne se développe. Si jamais une graine commence à germer, elle est aussitôt détruite. Ces personnages commencent souvent quelque chose, mais le perdent aussitôt. Ils ont d’énormes problèmes pour s’appuyer sur leur logique propre. Un peu comme si la réalité était un acide qui dépersonnalise chacun. Tout ce qui est logique arrive d’ailleurs. Des familles, par exemple. C’est comme si l’on venait dans ce lieu pour se dissoudre, pour s’oublier. La question est: cette action de dissoudre est-elle davantage un secours ou une catastrophe?
Ce texte, j’aurais peur de l’aborder comme on aborde un texte classique. Pourquoi cette matière recueillie sur le terrain devraitelle maintenant être traitée comme une bible ? Ce n’est pas du Shakespeare. C’est du témoignage brut, même si on a le sentiment d’un certain sacré. Il y a un rituel mystérieux qui apparaît dans cet endroit, un métalangage. Le lieu a presque un caractère de palimpseste, avec une superposition de couches, où on devine les traces des couches antérieures. Les didascalies posent de vraies questions. Il y a par exemple un chien qui arrive. Il est perdu, il a peur. Il s’approche d’une personne mais ne lui fait pas confiance. Et tout d’un coup, comme pris de frayeur, il s’enfuit ! C’est une réalité qui est décrite, mais qu’il n’est pas possible de répéter. Par conséquent, vouloir l’interpréter de façon classique nous mènerait à quelque chose de faux.
Krystian Lupa
extraits de propos recueillis à Wroclaw en février 2011 par René Zahnd
Quelques paroles de Krystian Lupa saisies au vol par Michel Bataillon aux nuits de Fourvière le 30 mai 2011.
extraits
Catégorie 3.1, cet énorme matériau dramatique de Lars Norén, je l’ai considéré comme un magasin, une espèce d’entrepôt où tu entres sans savoir précisément ce que tu veux. Tu te laisses prendre, envahir par lui et tu te mets à acheter comme dans un rêve. Rentré chez toi, tu te demandes si tu as fait une bêtise ou bien si tu as commencé un voyage qui va avoir pour toi une valeur que tu ne connais pas encore. Voilà comment j’ai traité le matériau de Norén. Ce matériau, c’est d’abord une langue, celle des gens qui se trouvent en marge de la vie normale. Notre vie normale corrige tout le temps notre langage personnel et officiel. Notre vie active dans la société exige de notre part un certain rationalisme, une décence à laquelle nous formons nos personnalités. Chez Norén, on devient de plus en plus primitif – évidemment l’alcool, les narcotiques, la drogue sont des outils qui aident, mais ce n’est pas la seule cause – on descend à un niveau inférieur, jusqu’à une langue intérieure qui est toujours en nous et à laquelle nous n’avons pas toujours un accès direct.
Dans cette zone-là, peut-être fait-on la connaissance d’un être humain, non seulement du point de vue social ou psychologique mais encore comme une sorte de précédent particulier, comme un symptôme de la chute. Cette zone-là nous donne quelque chose d’universel qui nous concerne tous. Chacun de nous peut se retrouver lui aussi dans la situation où se trouvent les personnages. C’est ce que Norén nous donne de plus fort dans cette pièce. Les dangers qui les guettent sont pour nous actuels et, à cause de leur chute, ces personnages nous disent de nous des choses qui nous appartiennent en propre, dont nous ne nous rendons pas compte et que nous ne voulons pas savoir, ce qui parfois revient au même. […]
Pour Salle d’attente j’ai choisi un groupe de jeunes afin de ne pas dire que c’est une dégénérescence de l’homme qui arrive avec l’âge. L’homme commence son déclin à partir du moment où il sort de 7 l’école. Notre utopie du développement est une forme de mensonge. Tchekhov parle de cela dans toutes ses pièces. Je voulais rencontrer ce groupe de jeunes au moment où ils deviennent des adultes, au moment de l’épanouissement de leurs personnalités. Ce qui caractérise la jeunesse aujourd’hui c’est qu’elle essaye de salir ce moment d’épanouissement maximum par toutes sortes de pathologies. Les drogues, on peut le dire, sont liées à l’éclosion, à la recherche d’un épanouissement plus grand encore. Et il s’avère soudain que cet épanouissement est la mort. C’est quelque part dans notre nature et la drogue ne fait que nous aider.
Ce groupe de jeunes gens, garçons et filles, a pris en charge le processus d’identification avec les personnages de la pièce avec une fascination incroyable et je m’y attendais. On ne sait pourquoi, d’une manière mystérieuse, cette zone apporte à notre imagination un flux symbolique. On peut dire que nous avons envie de chuter avec ces gens-là comme on s’enfonce parfois dans des rêves d’horreur. On sait que les pires cauchemars nous arrivent quand on est jeune. Quand on a vingt ans, on a peur de la mort d’une façon extatique. La fascination de ces jeunes gens est aussi pour moi une expérience particulière très mystérieuse, comme si c’était un sujet sur lequel ces jeunes d’une autre génération que la mienne pouvaient me dire quelque chose que moi je ne sais pas.
Texte paru dans le programme des Nuits de Fourvière
Dans la marge
Cela fait plusieurs années que je m’intéresse de près à des textes qui traitent de ces personnes en marge de la société, ces individus qui sont de façon quotidienne, méprisés voire rejetés par autrui. Le principal problème ici, et ce pourquoi le sujet me touche autant, est que leur condition de vie n’attire que trop peu l’attention. Et se sentant rarement concernée, la population considère ces gens comme un véritable problème social.
Ce que je constate également dans l’attitude de ces marginaux, c’est que ceux qui osent parler d’eux, de leur condition, ne veulent pas appartenir à cette catégorie de population; tandis que ceux qui sont véritablement touchés, dans le sens de “blessés”, par le problème cessent d’en parler. En réalité, ils ont forcément beaucoup de choses à dire et à partager.
Au-delà de l’attitude, je me suis également beaucoup attardé sur la thématique du langage. La manière dont ces personnes, que l’on peut considérer comme “des personnalités abîmées”, interprètent leur ressenti ainsi que la manière dont ils s’expriment au quotidien. En effet, il arrive fréquemment que le langage ne soit pas en phase avec notre âme. Ce moment fragile que nous rencontrons lorsque les choses que nous souhaitons exprimer deviennent difficiles à retranscrire. En résumé, nous pouvons dire que la langue a un rôle d’annihilateur. Il a tendance à anéantir ce que l’on ressent. À partir du moment où l’on a transformé nos pensées, nos ressentis, nos blessures par le biais de la parole, tout change. Tout est question de frontière entre le dedans et le dehors, le concret et l’abstrait, le connu et l’inconnu, le langage et la pensée. Il me semble que ces individus complètement désintégrés, qui sont comme rejetés par notre culture ont, dans leur propre intérieur, des messages forts à nous transmettre. À nous de prendre le temps d’écouter et de comprendre leurs messages, quelle que soit la forme de transmission.
Interview de Krystian Lupa par Jean-Luc Marchina, extrait, mars 2011
Krystian Lupa
Né en 1943 à Jastrzebie Zdroj en Pologne, il étudie les arts graphiques à l’Académie des beaux-arts de Cracovie. Il commence sa carrière de metteur en scène à la fin des années soixante-dix au Teatr Norwida de Jelenia Gora, tout en dirigeant quelques productions au Stary Teatr de Cracovie, dont il devient le metteur en scène attitré en 1986. Depuis 1983, il enseigne la mise en scène au Conservatoire d’art dramatique de Cracovie. Influencé par Tadeusz Kantor (son “maître”, avec le cinéaste Andreï Tarkovski) et grand lecteur de Jung, il développe sa conception du théâtre comme instrument d’exploration et de transgression des frontières de l’individualité (exposée dans un texte intitulé Le Théâtre de la révélation). Il monte d’abord les grands dramaturges polonais du XXe siècle : Witkiewicz, Wyspianski, Gombrowicz (Yvonne, Princesse de Bourgogne, 1978, Le Mariage, 1984) et conçoit entièrement deux spectacles: La Chambre transparente (1979) et Le Souper (1980). En 1985, il crée Cité de rêve au Stary Teatr d’après le roman d’Alfred Kubin (L’Autre Côté). Parallèlement à la mise en scène d’oeuvres dramatiques, Tchekhov (Les Trois Soeurs, Festival d’Automne, 1988), Genet, Reza, Schwab (Les Présidentes, 1999), Loher (Les Relations de Claire, 2003), la littérature romanesque, particulièrement autrichienne, devient son matériau de prédilection. Il adapte et met en scène Musil (Les Exaltés, 1988 ; Esquisses de l’homme sans qualités, 1990), Dostoïevski (Les Frères Karamazov, 1988, Odéon-Théâtre de l’Europe, 2000), Rilke (Malte ou le Triptyque de l’enfant prodigue, 1991), Bernhard (La Plâtrière, 1992 ; Emmanuel Kant et Déjeuner chez Wittgenstein, 1996 ; Auslöschung-Extinction, 2001), Broch (Les Somnambules, 1995, Festival d’Automne à Paris, 1998), Boulgakov (Le Maître et Marguerite, 2002), Nietzsche et E. Schleef (Zarathoustra, 2006).
Créateur de théâtre complet, il s’impose à la fois comme concepteur d’adaptations, plasticien (il signe lui même les scénographies et les lumières de ses spectacles) et directeur d’acteurs (connu pour son long travail préparatoire avec les comédiens sur la construction des personnages). Ses spectacles sont également marqués par un travail singulier sur le rythme, temps ralenti dans le déroulement de l’action scénique, souvent concentrée autour de moments de crises. De nombreux prix ont distingué son travail, dernièrement le Prix Europe pour le théâtre (2009). À la suite de Factory 2, il crée Persona.Marilyn et Le Corps de Simone (deux volets d’un projet autour des figures de Marilyn Monroe et Simone Weil) ; Salle d’attente.0 au théâtre Polski de Wroclaw.
Lars Norén
Lars Norén naît en 1944 à Stockholm dans une famille d’hôteliers restaurateurs suédois. Précoce, il écrit des poèmes dès ses douze ans. C’est d’ailleurs en tant que poète qu’il se fait d’abord connaître en publiant de nombreux recueils de poésie dès 1962. Passant par une grave crise schizophrénique après la mort de sa mère en 1963, il est interné dans un hôpital psychiatrique. Poèmes, drames en série, huis clos, Lars Norén ne cesse d’écrire durant son internement. C’est en 1973 qu’il débute comme auteur dramatique avec Le Lécheur de souverain, une commande du Théâtre Dramaten de Stockholm. Si cette pièce est d’abord un échec, elle deviendra, lors de sa reprise à la fin des années 80 un véritable succès à scandale. S’en suit une intense activité dramaturgique avec l’écriture de plus de quarante pièces en vingt ans, dont une vingtaine sont traduites et publiées en français. Nourri de ses propres obsessions, le théâtre de Lars Norén est puissant et d’une grande violence. Traitant principalement des relations familiales, du thème de la séparation, l’auteur quitte finalement les étroits cercles familiaux pour descendre dans la rue de Stockholm, écouter la voix des plus démunis, la voix de ceux qui ne sont jamais entendus dans la Suède moderne. De cette expérience aux côtés des marginaux naît Catégorie 3:1 (nom sous lequel l’administration de la ville de Stockholm désigne ceux qui vivent dans la marge), premier volet de la trilogie Morire di clase. Ce spectacle est l’une des productions théâtrales les plus discutées dans la Suède des années 90. Il marque également un tournant dans l’oeuvre du dramaturge. Le théâtre de Norén devient alors “sociologique”, abordant la tragédie des sociétés contemporaines, traitant des bas-fonds des métropoles occidentales. En 1999, Lars Norén devient directeur artistique du Riks Drama, “troupe permanente” du théâtre national itinérant suédois, le Riksteatern*. En 2000, il adapte et met en scène Si c’est un homme de Primo Levi. 2001, il met en scène La Mouette de Tchekhov au Théâtre des Amandiers de Nanterre, en 2002, la pièce reçoit le prix de la critique du meilleur spectacle étranger. 2002, Lars Norén écrit et met en scène Eaux calmes au Deutsches Theatre à Berlin, puis au Riks Drama avec des comédiens suédois; il traduit en suédois Quelqu’un va venir de Jon Fosse. En 2003, Norén écrit et crée Froid. En 2004, Guerre est créée par Lars Norén au Théâtre Vidy-Lausanne; il réalise une version de Kyla pour la télévision suédoise. En 2006, il met en scène au Riksteatern, Terminal 3 et Terminal 7, en février; à l’occasion du festival Ibsen à Oslo, il présente Petit Eyolf, dont la première a eu lieu le 14 septembre. En 2007, il met en scène Anne Timser dans Le 20 novembre au festival de Liège; il publie et met en scène À la mémoire d’Anna Politkovskaïa, en référence à la célèbre journaliste russe assassinée en octobre 2006. En janvier 2008, il présente Guerre au Rattlestick Playwrights Theater à New York.
L’ensemble de son oeuvre est mondialement jouée. On peut notamment citer: 1989, La Veillée, mis en scène par Jorge Lavelli au Théâtre national de la Colline. En 1992, Robert Cantarella met en scène Sourires des mondes souterrains. En 1993, Claudia Staviski présente Munich-Athènes. 2000, Jean-Louis Martinelli met en scène Catégorie 3.1 au Théâtre national de Strasbourg. En 2001, Acte et Venir et disparaître sont créées au Riks Drama (mais non mises en scène par l’auteur). En 2002, Musique silencieuse est créée dans une mise en scène de Lennart Hjulström ; Détails est créée à Copenhague dans une mise en scène de Billie August, puis au Dramaten à Stockholm. 2003, Démons est montée à Mexico; Sang est mise en scène par James MacDonald au Royal Court à Londres; le réalisateur Kristian Petri adapte November et Détails pour en faire un film ; Emballage d’hiver est créée au Théâtre national d’Oslo; Création de Catégorie 3.1 au Théâtre Siri d’Helsinki. En juin 2005, Guerre est montée au Habima Theatre de Tel Aviv dans une mise en scène d’Ilan Ronen. 2006, Terminal 4 et Terminal 8 sont créées le 29 novembre au Stadteater de Stockholm dans une mise en scène de Lennart Hjulström. 2007 et 2008, Jean-Louis Martinelli présente Kliniken et Détails. 2010, Thomas Ostermeier présente Démons à la Schaubühne à Berlin, puis au Théâtre de l’Odéon.
Les Éditions de l’Arche ont publié ses principales pièces créées en France: La Force de tuer (1988); La Veillée (1989); Munich-Athènes (1992); Automne et hiver (1993); Démons (1994); Sang (1999) ; Bobby Fischer vit à Pasadena, Embrasser les ombres et Acte (2002); Catégorie 3.1 (2002); Guerre (2003); Biographies d’ombres et Froid (2004); Crises et Tristano (2007) ; Le 20 novembre (2007) ; Détails (2007) ; Journal intime d’un auteur (2009).
* Le Riksteatern est le théâtre national itinérant suédois, il produit uniquement des spectacles
en tournée. Il présente différents spectacles de théâtre (classique, moderne, pour enfants, pour
un public de sourds et de muets etc.), de danse, musicaux. Le Riks Drama est l’une des “troupes”
du Riksteatern.