Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève (I)

par Bouboulina Nikaki

Achilleas Kyriakidis

Prosateur, réalisateur de court métrages, traducteur littéraire. Prix national de littérature en 2003. Il est né en 1946 au Caire. Il vit a Athènes.

"Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève" par Bouboulina Nikaki - Achilleas Kyriakidis

Défis

                                                            Dieu réalisait pour lui un miracle secret :
                                                            le peloton allemand le tuerait à l’heure convenue ;
                                                            mais dans son esprit, entre l’ordre et l’exécution de l’ordre,
                                                            s’écoulerait une année entière.

                                                                     JORGE LUIS BORGES, Le Miracle secret
 

J’aperçois de loin le feu orange et je ralentis. Je passe au point mort et laisse la voiture rouler lentement, jusqu’à ce que, à l’instant où le feu détone de toute sa rouge sévérité, elle s’arrête tout à fait. C’est une journée pluvieuse et tranquille. À la radio, un baroque moucheté, quelque chose entre Corelli et Torelli : bande-son idéale de vertiges innés. Mon corps, comme par pressentiment, réagit de toute la force qu’il lui reste. Une légère raideur de la nuque et un pincement à la taille, étincelles d’un court-circuit de l’âge, tandis qu’une brûlure d’estomac me rappelle une mésaventure alimentaire de la veille. Je m’étire dans l’espoir de chasser autant de symptômes que possible et reviens à ma position initiale, à cette posture ridicule d’aurige discipliné, absorbé dans la contemplation d’un rond rouge lumineux.

Bien sûr, j’aurais pu aussi ne pas m’arrêter, laisser libre champ à la cinquième, donner une occasion à la machine d’aller au bout de sa vigueur, zigzaguer en expert entre les véhicules et les injures qui seraient arrivées poussées par la tempête verte à ma droite, faire un clin d’œil à la fin qui m’attend de toute façon à un prochain tournant de ma vie.

Un piéton traverse devant moi au passage clouté. J’entends à mes côtés le rugissement d’une quatre-cylindres. Lentement, je tourne la tête à droite : un jeune, lunettes noires au front, mains tambourinant sur le volant au rythme d’une technologie assourdissante, me jauge, l’air de dire : Regarde-moi bien, je ne peux pas retenir ce fauve au pot d’échappement coupé, je ne peux pas retenir ce fauve en moi au pot d’échappement coupé, qui veut s’élancer, conquérir, dévaster la vie, cette même vie que toi, tu as menée à sages allures, voiles abattues, posément ; et maintenant tu pèses si cela vaut la peine de faire la course avec moi, de te mesurer à moi, d’affronter, seul, tout mon futur.

Je regarde à nouveau devant moi. Et soudain on dirait que mon cerveau s’est mis à se vider de tout ce qu’il a accumulé depuis tant d’années en une mnémorragie, à charrier, comme un fleuve, nostalgies, sentiments, idées jamais réalisées – fracture prématurée de tombeau.

Sa main à elle qui rame dans l’éther du sommeil. Des voix pas du tout idéales. Le soleil. L’enfant. Un mot tiré d’on ne sait où ? La main de la mère avec l’alliance. Vera icon : l’écran qui me montre mes entrailles. Le son « bip ». Le Canon de Pachelbel et Dans les jardins*. Le but à la quatre-vingt-onzième minute. Le chantier d’en face. Le dur banc des accusés. Le non étranglé. Le poète aveugle à Rethymno. Le sang de la tomate. L’enfant. Un couloir d’hôpital à l’ampoule cassée. Le médecin qui se penche pour regarder. Le médecin qui se penche pour parler. Le voyage qui n’a pas eu lieu. Une phrase écrite par un autre. Ce plan dans Nostalgia. Les avant-dernières respirations du baron Scarpia. Le sourire de Ioanna, à Kamari. La nuit au Rythmistiko*. Le Sud, de Borges, juste avant qu’on verrouille la porte. La rétrospective Ghikas*. L’enfant. Le médecin qui se penche.

Lui, dans la voiture d’à côté, Messala*, mugit une fois encore son défi, et moi, je ne sais toujours pas si je veux m’engager dans cet affrontement, je ne sais toujours pas si je veux mettre les gaz au coup de feu du starter invisible et m’élancer moi aussi sur cette rectitude d’asphalte lisse, indifférent aux feux, panneaux, phares, exhortations, supplications d’enfants, médecins penchés, radiographies, ce n’est peut-être rien, papa, va doucement, tu vas voir que ce ne sera rien, une ombre est apparue, ce n’est rien une ombre, son ombre pourtant, c’était tout, tout, son ombre quand le soleil se mettait à décliner sur son corps sacré, en « s » sur le sable, je ne sais pas encore si je veux ce soudain paroxysme du futur qui trépigne ; à moins qu’il vaille mieux le laisser là foncer seul en crissant, le priver de ce qui est essentiel à un triomphe : l’adversaire, ruiner son arrogance par le mépris, réduire son duel à une partie de solitaire.

D’un instant à l’autre, Dieu, un dieu quelconque, va me dire que faire.
Vert.

© éditions POLIS, Athènes
Traduction : Marie-Cécile Fauvin* & Bouboulina Nikaki


 

* Dans les jardins: titre d’une chanson de Theodorakis dans La Ballade du frère mort.
*Rythistiko: Hôpital où furent transportés les étudiants blessés lors des événements du Polytechneio, en novembre  1973 : révolte (noyée dans le sang) des étudiants contre la dictature des Colonels.
*Nikos Hadjikyriakos-Ghikas : peintre grec considéré comme un pionnier du modernisme en Grèce.
*Messala est l’arrogant adversaire (finalement vaincu) de Ben-Hur dans la course de char du célèbre péplum.


 

*Marie-Cécile Fauvin est traductrice littéraire du grec.

Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève (II)

par Bouboulina Nikaki

Yorgos Karypidis

Prosateur, réalisateur de longs métrages, il a une présence dans la presse avec des articles de critique en tant qu’ intellectuel. Il a fait des études à l’ École de Beaux Arts et à l’ École de Cinéma à Amsterdam. Il est né en 1946 à Théssalonique. Il vit à Athènes.

"Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève" par Bouboulina Nikaki - Giorgos Karypidis

Une fille, la trentaine passée

Alors qu’il était encore gosse, âgé d’une douzaine, d’une quinzaine d’années, son père l’avait une fois emmené avec lui dans la jeep de l’armée pour lui apprendre à conduire, tandis qu’elle, la fille – enfin, façon de parler : elle approchait la trentaine – travaillait dans les champs. Elle était loin, il était passé en vitesse, il ne l’avait pas vue penchée avec les autres au-dessus des plants de coton, mais elle l’avait remarqué, lui, car il ne portait pas d’uniforme.

La deuxième fois, alors qu’il était étudiant, il était en train d’attendre une condisciple, et elle l’avait vu depuis la cave où l’on avait entassé les victimes des résistants. Occupé qu’il était à fixer la rue, il ne l’avait pas aperçue et, même s’il avait tourné la tête, elle serait restée invisible à ses yeux, debout derrière les vitres occultées par des couvertures.

La fois suivante, il avait maintenant trouvé un travail – ingénieur, dans la fonction publique -, il était sorti avec des amis à lui pour aller manger des fruits de mer. À un moment donné, il avait demandé au garçon, qui sortait de la cuisine en portant des assiettes, où se trouvaient les toilettes, et elle l’avait aperçu car, tandis qu’elle épluchait des pommes de terre, elle avait entendu sa voix et tourné la tête dans sa direction, dans l’embrasure de la porte restée entrouverte car elle était coincée, cependant que le garçon aux assiettes expliquait qu’il faut aller dans le jardin, par là, puis à gauche, près des roseaux, et c’est alors qu’elle l’avait vu.

Ensuite, des années plus tard, une vingtaine peut-être, lui sortait d’un train en sous-sol, et elle l’avait à nouveau aperçu. Fatigué et plutôt mal rasé. Il était passé à côté d’elle, lentement, le dos voûté, il avait monté les escaliers, alourdi par son sac semblait-il. Puis à son mariage, ne paraissant pas son âge alors qu’il frôlait la cinquantaine, de même que sa femme, quoique celle-ci eût peut-être quelques années de plus, même si certains disaient qu’on ne lui donnait pas la quarantaine, à quoi il fallait ajouter la dot, elle donc aussi au milieu des gens, il n’y avait pas foule, mais enfin parmi ceux qui étaient là, et qui jetaient des grains de riz.

Un autre jour dans une banque, alors qu’il s’éloignait du guichet en comptant les billets de mille, elle, des papiers à la main, la dernière dans la queue, et son regard s’était posé sur elle, une fille du peuple – enfin, façon de parler, car elle avait dépassé la trentaine. Devant elle une femme âgée s’appuyait sur une canne, qui l’avait dissimulée à son regard en se penchant, et elle l’avait regardé comme si elle le connaissait, ainsi que regardent les gens qui font la queue à la banque, distraitement, et c’est ainsi qu’il était passé devant elle en comptant ses billets.

Une autre fois, après des vacances sur une île où tout s’était bien passé, mais fatigués par le monde et la cohue, lui dans sa voiture en compagnie de sa femme, ils sortaient du ferry, d’un certain âge désormais tous les deux. Elle était passée à côté d’eux, à pied. Le véhicule ne sortait pas assez vite, l’automobiliste derrière eux klaxonnait, s’impatientait. Il ne l’avait sûrement pas vue.

Puis dans un théâtre, pour un spectacle, un été où elle travaillait là comme ouvreuse et il était entré avec son épouse, les cheveux blanchis, le pas lourd, son épouse le tirant par le bras, c’est là lui disait-elle, non madame avait-elle rétorqué, les places indiquées sur vos billets sont plus à l’arrière, voici les numéros, voici les sièges, l’épouse avait protesté, pourquoi nous ont-ils mis derrière ? Je n’y peux rien, je ne fais que mon travail, allez voir à la caisse. Ils avaient quand même fini par s’asseoir, il lui avait glissé deux billets de cent drachmes et il l’avait regardée avec l’air de dire mais où est-ce que j’ai déjà vu cette fille ?

Un soir de Pâques, lui, avec une canne, sur le parvis de l’église, n’y voyant plus très clair, s’appuyant sur le bras de son fils, son épouse disparue un an plus tôt, et elle se tenant derrière eux, un lampion dans sa main gauche, la main droite glissée dans une poche de sa gabardine car elle avait été broyée par une machine à l’usine et elle la dissimulait (la fille avait touché une indemnité, bien sûr, mais qu’est-ce qu’une indemnité, lorsqu’on a affaire à des idiots, c’était de sa faute, disaient-ils, elle était distraite, où avait-elle la tête, on ne rêvasse pas à l’usine, etc.), “le Christ est ressuscité”, feux d’artifice, embrassades, bises, et elle : “le Christ est ressuscité”, voulez-vous que je prenne votre lampion ? avait juste eu le temps de lui glisser le fils, et il lui avait donné la sainte veilleuse en souriant, “En vérité, il est ressuscité mademoiselle”, et lui les avait vus se sourire, cela l’avait réjoui, ce doit être une de ses connaissances, peut-être même sa petite amie, mais il n’ose pas devant moi, un beau visage, un peu âgée pour lui, mais quelle importance. Et sur le chemin de la maison, il avait pensé à elle. D’où est-ce que je connais cette fille ? Et à table il avait continué de penser à elle, tout en mangeant lentement sa soupe aux abats d’agneau, mais il avait du mal à la visualiser, ses traits se perdaient, les traits de son visage, je veux dire. Et au moment de s’endormir, elle avait entièrement disparu. Maintenant, toutefois, il la distingue nettement, il la voit s’approcher de sa démarche légère tandis qu’elle traverse la pièce, qu’elle passe devant les lits des malades, c’est elle, il le sent, c’est pour lui qu’elle vient, tout de blanc vêtue ainsi qu’une nymphe d’hôpital, le regard triste : qu’avons-nous perdu ? Elle s’assied sur le lit, il se dit qu’elle va pleurer, elle ne pleure pas, ne dit mot, tient les mains (sa main droite est entière) croisées sur les genoux, il étend la main pour les toucher, n’y parvient pas, son bras a dû rapetisser, impossible, je vais y arriver, je vais lui parler, il ne peut lui parler, il tend la main vers le petit bloc (on lui a laissé un petit bloc pour y écrire des messages lorsqu’il veut quelque chose, suite à son cancer du larynx), le crayon tombe sur le sol, trop loin pour lui, il se penche, je vais au moins arriver jusqu’au crayon, elle se tient immobile, les mains croisées, il attrape le crayon, ses mains tremblent, elle a toujours les mains croisées, il essaye d’écrire quelque chose, n’y parvient pas davantage, que se passe-t-il ? pourquoi est-ce que tu ne me parles pas ? que se passe-t-il ? crie quelqu’un depuis le lit voisin, qu’est-ce que vous avez ? courez, ma soeur, courez, ma soeur, ils sont en retard, le jour se lève à peine, il note quelque chose, le jour continue de se lever, ils sont en retard disent des voix, à côté, les yeux s’entortillent, la main est saisie de spasmes, le jour n’en finit pas de se lever, vont-ils finir par arriver, par l’emmener chez le médecin, ce n’est plus la peine, il s’en est allé. On l’emmène quand même.

Puis c’est la fille de salle qui vient enlever les draps, elle emporte également le petit bloc et le crayon (le suivant n’a pas un cancer de la gorge), et sur le bloc elle lit ces mots : “Et pourtant c’est…”, elle arrache la page, la jette dans la corbeille, pour remettre à la soeur un bloc vierge.

Aux obsèques, il n’y a que le fils, en pleurs. Les autres se ressemblent tous. L’oraison funèbre est lue par son ex-chef de service. Un homme bon, digne, un père de famille, que la terre te soit légère. Très cher. Sa voix tremble un peu. Une vieille femme murmure à l’oreille d’une autre : Qui c’est, celle-là? En désignant une fille – enfin, façon de parler, la trentaine passée – et puis qu’a-t-elle à la main droite pour la garder dans la poche de son manteau, ou bien n’a-t-elle plus de main ? Nul ne la connaît. La cérémonie est maintenant terminée, tout le monde s’en va. Il fait nuit. Sur le petit banc à l’extérieur du cimetière, une placette minuscule, la cafétéria d’en face a fermé, la fille va s’asseoir. Immobile, elle tient dans la main gauche la feuille arrachée du bloc, la même page, avec les lettres mêmes tracées par le disparu, et son regard s’attarde sur la phrase entière :
“Et pourtant c’est toi que j’ai aimée”.

© éditions Kastaniotis, Athènes
Traduction: Gilles Ortlieb*

* Gilles Ortlieb est poète et traducteur littéraire du grec.

Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève (III)

par Bouboulina Nikaki

Dimitris Mingas

Prosateur, enseignant. Prix de nouveau prosateur de la revue littéraire grecque Diavazo en 2000. Il est né en 1951 dans la région de Messinia, au Péloponèse. Il vit à Thessalonique.

"Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève" par Bouboulina Nikaki - Dimitris Mingas

CONTRE FA

Conservatoire de Thessalonique
Examens de fin d’études de trombone
Nikas Fotis

Programme de récital

*

1) ALEXANDRE GUILMANT : MORCEAU SYMPHONIQUE
Andante sostenuto. Allegro moderato.

Un, deux, trois… C’est parti ! Fotis, sois concentré… Seul avec l’instrument. Je joue quinze ans d’étude en vingt minutes. Du sang-froid. Aux répétitions, j’y arrivais. Cinq mesures de silence, respirer et… Le premier passage difficile est passé, mais je redoute le contre-fa du dernier morceau. Quinze ans sans lâcher l’instrument. J’étais au cours élémentaire quand mon père m’a emmené à la philharmonie. Nous sommes montés par un escalier grinçant. Dans le couloir on entendait des voix et le vacarme des instruments qu’on accordait. Le chef d’orchestre a décidé de m’inscrire dans les barytons – à l’époque je ne savais pas ce que c’était. Au bord des larmes, je lui ai demandé de me mettre en trompette, pour être avec mon copain Iannis ; mais il a dit que j’avais des lèvres trop grosses, que ce n’était pas compatible. Ça va ; trois mesures de silence et j’entre avec le piano. À la maison, j’ai pleuré, mais le lendemain j’y suis retourné. Il y avait là d’autres enfants, j’en connaissais la plupart. On ne nous a pas donné d’instrument. Un professeur de musique est arrivé, il nous a distribué des cahiers à portées, puis il a dessiné le symbole de la clef de fa au tableau. J’en ai rempli deux pages. Je l’ai recopié cent fois. Voilà quinze ans que je l’ai sous les yeux. Le temps passait, on ne me donnait pas d’instrument, et j’avais envie de partir.

2) ANTONIO VIVALDI : SONATE N° 3
Largo (maestoso, con grandezza).Allegro (sostenuto). Largo. Allegro (non troppo).

Pas trop mal le premier. Voyons maintenant comment je vais me tirer du Vivaldi. Pendant tout mon apprentissage, mon professeur m’a seriné : Travaille, travaille ! Tes lèvres et tes mains finiront par jouer toutes seules, et ta tête suivra l’instrument… Encore une embûche surmontée ! Un outil bien rodé. Capital le rodage de l’instrument. À la fin de ma troisième, j’ai acheté mon premier trombone (un Yamaha d’étude). On est allés le choisir avec M’sieur Spyros – un vieux musicien. Tu as bien de la chance, tu vas avoir un instrument à toi, murmurait-il en chemin. Moi, à ton âge, je jouais sur les épaves de la philarmonie… quand on me laissait y toucher. J’ai ouvert son étui, il resplendissait. J’ai pris la coulisse, j’ai posé mes doigts sur le pavillon. Prends-en bien soin, disait derrière moi M’sieur Spyros. Si tu le bichonnes, il t’aura à la bonne et il t’écoutera.

3) GEORG FRIEDRICH HAENDEL : CONCERTO EN FA MINEUR
Grave. Allegro. Largo. Allegro.

Merde ! Le la m’a échappé dans l’Allegro, mais j’ai tiré un peu la coulisse et je l’ai rattrapé. On a dû s’en apercevoir. Et avec ces lumières qui tombent sur moi, impossible de voir le jury ni ceux qui sont en dessous et qui m’écoutent. Aime-le, disait M’sieur Spyros chaque fois qu’il me voyait. Souffle dedans et traite-le comme si c’était une femme. Et plus tard, mon professeur : Donne-toi à lui ; si tu le négliges, il te lâchera. Dix ans de conservatoire. À étudier sans relâche… Dans mon monde. Un jour, Lina a frappé à la porte de la salle, l’a poussée et ouverte. Sa flûte à la main. Tu pourrais jouer moins fort, s’il te plaît ? a-t-elle dit avec un sourire. Je m’entraîne moi aussi dans la salle d’en face et… Un sourire est entré dans mon monde. J’ai fait une pause ; on est descendus à la cafet’, et je lui ai offert un café. Dès lors je ne l’ai plus dérangée et on ne s’est plus quittés. Lina non plus, je ne peux pas la voir derrière ces satanées lumières. En coulisses, elle se mordait les doigts. Le Haendel m’a un peu fatigué, mais je vais y arriver.

4) JOSEPH-GUY ROPARTZ : PIÈCE EN MI BÉMOL MINEUR
Lento. Allegro.

Allez ! encore celui-là et c’est fini. Est-ce qu’on m’entend bien ? Je ne veux pas regarder le professeur, car à chaque fausse note il se crispe et fait la grimace. Si je voyais maintenant une chose pareille, je serais tétanisé. Sans compter que je redoute les notes aiguës des dernières mesures. Il n’y a pas que le jury : tous les trombonistes de la ville se sont donné rendez-vous. Ils doivent bouger leur main droite dans le vide comme pour trouver la position juste. Je les connais, je faisais ça aussi quand un autre était sur la sellette. Économise ta respiration, Fotis, garde des forces pour le final. Je ne sais pas ce que tu feras, mais ce contre-fa que j’ai raté quand j’ai passé le diplôme, toi, il faut que tu le sortes, me serinait le professeur aux répétitions. Il avait eu son diplôme avec le même morceau. Ne me stresse pas, lui disais-je. Lui, rien à fiche ! Je ne savais pas très bien souffler quand il m’a pris en mains. Des heures innombrables passées ensemble. Un, deux, trois, quatre mesures de silence et en avant pour le final. Et… Bon dieu ! Moi non plus, professeur, je n’ai pas réussi à le sortir, ce putain de fa.


© Dimitris Mingas, Athènes

Traduction : Marie-Cécile Fauvin*

*Marie-Cécile Fauvin est traductrice littéraire du grec.

Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève (IV)

par Bouboulina Nikaki

Stamatis Polenakis

Poète, prosateur, auteur dramatique. Il a fait des études de littérature à l’Université de Madrid. Il est né en 1970 à Athènes, où il vit actuellement.

"Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève" par Bouboulina Nikaki - Stamatis Polenakis

Les Pierres de Cuzco

Le 3 janvier de l’année 1534, Miguel Estete, soldat au service de l’empereur Charles Quint, embarquait au port de Panama à bord du voilier Santa Isabel qui allait le ramener à Séville. Il retournait enfin dans sa patrie, une patrie qu’il avait tant regrettée après bientôt trois années de campagne au sein de cette terre mystérieuse et inconnue, que les indigènes appelaient « les quatre points du monde » , ou, comme ils disaient dans leur propre langue, Tavantinsougiou.

Les innombrables dangers et privations de cette campagne (qu’il imaginait au début comme la plus étrange expérience) étaient loin d’être restés sans récompense, et Estete retournait à Séville la malle pleine de précieux trophées, la plupart d’or et d’argent. Il emportait surtout un pied de chaise tout en or, dont il racontait lui-même à tort et à travers qu’il l’avait détaché, ni plus ni moins, du trône du grand Inca en personne.

Prudent comme il l’était en tout, Estete avait évité de suivre l’exemple de ses compagnons. Nombre d’entre eux, ivres, et pris de vertige à la vue de tant d’or et à la perspective de gains plus grands encore, n’avaient pas hésité à tout jouer aux dés.

Il avait donc vu de ses yeux des richesses indescriptibles (que leurs propriétaires n’ hésitaient pas à échanger pour rien), des butins tout en or, arrachés du flanc des navires, pour changer de mains en un instant. Par un simple caprice du sort, les uns perdaient tout, et les autres triplaient leurs gains, pour les perdre ultérieurement, et ainsi de suite les uns après les autres.

Estete, au contraire, faisant preuve d’une louable maîtrise de soi, ignorait les provocations de ses compagnons et était déterminé à garder tout ce qu’il avait gagné jusque là et à retourner avec, en Espagne, en triomphateur.

En outre, Estete emmenait avec lui un certain nombre de jeunes femmes, qu’il avait arrachées par violence à leurs maisons lors de la retraite de l’armée de Cuzco, et qu’il avait partagées entre lui et ses compagnons.

C’est vainement que l’Espagnol avait tenté, à plusieurs reprises, d’établir un moyen de communication avec ces femmes, malgré l’aide de l’interprète indien, les promesses et les menaces. Elles restaient muettes, abîmées dans leur mélancolie, regardant au loin, vers la seule terre qu’elles connaissaient et qu’elles voyaient s’éloigner peu à peu et disparaître pour toujours. Certaines avaient bien tenté, les premiers jours, de se jeter à la mer, et Estete les avaient averties que, si cela recommençait, il n’hésiterait pas à les garder enchaînées à fond de cale jusqu’à la fin du voyage.

En dehors de ces incidents limités, qui ne pouvaient pas troubler la sérénité et la sécurité de ce voyage, tout paraissait pousser le navire plus rapidement vers sa destination finale, et même la mer semblait avoir conclu une trêve avec l’équipage impatient (le temps était inhabituellement serein pour cette époque de l’année), et tous croyaient que, avec l’aide de Dieu, le voilier lourdement chargé arriverait plus vite que prévu au port de Séville.

Les choses prirent toutefois inexplicablement une mauvaise tournure, le dimanche 12 janvier. La nuit précédente, Estete avait été bouleversé par un rêve singulier : il s’était vu en personne sur la place de Kachamalka (il était donc retourné sur la grand place, le soleil brillait en portant à incandescence les quelques herbes qui se trouvaient sur le terrain), l’endroit était exactement tel que dans son souvenir, si ce n’est que maintenant ne paraissait, nulle part, âme qui vive, il se trouvait tout seul exactement au centre de cette immense place et il sentait ses forces l’abandonner, l’éclat du soleil devenait sans cesse de plus en plus insupportable et il essayait vainement de chercher un abri à l’ombre, un endroit où se protéger des rayons qui brûlaient tout. Il avançait, aveuglé, en essayant de sortir de la place, il touchait de ses mains les murs immenses en s’efforçant de trouver une ouverture, s’écorchant les doigts sur les pierres brûlantes.

Il était donc debout, comme perdu au milieu de ce désert étrange, et nulle part n’apparaissait le moindre signe de vie, aucune trace ni de ses compagnons ni de l’escorte innombrable du monarque indien (cette escorte, il se la rappelait faisant son entrée sur la place, avec des tambours et des chants singuliers qui ébranlaient l’air ; il se souvenait même qu’il avait guetté, soigneusement caché, lui et tous les autres, prêt, le couteau entre les dents. D’autres allaient donner le signal : un mouchoir agité en l’air, une brusque sonnerie de trompettes et un signe du père Valverde. Il n’avait pas fallu attendre longtemps. A l’instant précis où il le fallait, il s’était précipité en avant en poussant des cris.)

Maintenant, il avait brusquement à ses pieds un lézard, unique présence qui se hâtait de se glisser au bas des pierres.

Peu à peu il sentit en quelque sorte sa vision s’éclaircir, et alors il vit soudain très nettement, à l’autre extrémité de la place le trône de l’Inca, vide, briller d’une manière aveuglante sous les rayons du soleil, et il comprit aussitôt que, pendant tout ce temps, ce n’était pas le soleil qui brillait avec une telle intensité, mais le trône lui-même… il vit son corps prendre feu et sentit des aiguilles brûlantes lui percer les yeux et le plonger dans une obscurité plus épaisse.

Malgré tous ses efforts, Estete ne parvenait pas à ouvrir les yeux, à se lever et à se débarrasser de cette douleur insupportable, il leva les mains et supplia Dieu de le débarrasser de ce rêve. A partir de ce moment, il ouvrirait les yeux et s’éveillerait pour toujours dans l’obscurité, il se rendormirait et s’éveillerait, non dans sa cabine du voilier Santa Isabel, mais toujours sous l’aveuglant soleil, solitaire, au centre de la grand place circulaire de Kachamalka.

Post-scriptum : une histoire étrange, et que raconte le poète anglais Jonathan Scot, mériterait d’être rapportée ici. Scot a visité le Pérou aux environs de 1860 et nous a laissé de nombreux renseignements intéressants sur ce pays énigmatique. On a maintes fois contesté la véracité de ses affirmations (le personnage dont il est question est en tout cas attesté, mentionné également dans le long poème lyrique de Leandro Vicente, « les Pierres de Cuzco »).

Cela vaut la peine de citer en entier le passage de Scot (extrait de son ouvrage en deux volumes, Voyage au Pérou, première édition George Bell & Sons, Londres, 1902), à cause du lien qu’il semble avoir avec l’histoire que nous avons contée :

« Durant mon séjour à Cuzco, il m’est arrivé de rencontrer à plusieurs reprises dans les rues du village une curieuse créature. Un mendiant aveugle, d’un âge indéterminé, vêtu de loques, il rôdait toujours solitaire en marmonnant d’étranges paroles en mauvais espagnol mêlé de quelques mots de Quechua. Chaque fois que j’ai essayé de l’approcher, je le mettais en fuite. Comme il suscitait mon intérêt, je me suis renseigné à son sujet. Personne ne sait qui il est ni d’où il est venu. Des vieillards, les anciens du village, m’ont dit qu’ils se souvenaient vaguement de cette même figure, qui traversait les rues en divaguant. Les indigènes, tout en l’appelant « l’espagnol fou », le considèrent comme l’un des leurs et, par compassion, ils lui apportent chaque jour une assiette à manger. Lui-même ne se souvient pas de son nom, dans son délire, il parle souvent de bateaux chargés d’or, d’un signal resté caché derrière les pierres et de murailles invisibles.

Souvent je le vois fuir vers les montagnes et je l’accompagne pendant un moment, ensuite, je le perds et je reviens en prenant la route mélancolique qui mène à quelques maisons, dans le petit village construit en briques, où seules les grandes pierres, recouvertes d’herbes folles, rappellent que, ici même, autrefois, il y avait la splendide principauté des Incas. »

© Stamatis Polenakis

Traduction : Jacqueline Razgonnikoff*

*Jacqueline Razgonnikoff est traductrice littéraire du grec et du russe, ainsi qu’ historienne de théâtre.

Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève (V)

par Bouboulina Nikaki

Tassos Goudélis

Prosateur, critique de littérature et de cinéma, réalisateur de court-métrages. Prix national de litérature en 2003. Il est né en 1949 à Athènes, où il vit actuellement.

"Littérature contemporaine grecque: voix de forme brève" par Bouboulina Nikaki - Tassos Goudelis

Après-midi avec vue alcoolisée

À partir d’un certain point, mon enveloppe ne me protège plus. Je commence par sentir quelque chose vibrer en moi, comme si cette chose voulait éprouver la résistance du front ou de la poitrine. Mes yeux se voient en train de regarder. Mon second moi s’échappe avec un léger soupir, en se balançant, comme s’il voulait d’abord tâter le terrain, avant de rebrousser chemin : comme s’il n’était pas arrivé à la gare souhaitée et qu’il s’empressait de remonter dans le train avant, pour ainsi dire, que les portières ne se referment sur lui. Il ne se sent pas en sécurité à son ancienne place, c’est sûr, mais l’indolence qui règne dans le compartiment l’aide malgré tout à réprimer son inquiétude. Il regarde le paysage s’ébranler par les fenêtres et, pour l’instant, garde le silence, en faisant preuve de la même discrétion que le passager qui, en face de nous, n’ose pas même feuilleter son journal de peur de troubler notre somnolence. Ce calme, toutefois, est provisoire, nous le savons bien tous les deux, moi et mon second moi, puisque les doigts eux-mêmes qui s’élèvent à hauteur des yeux pour que ceux-là voient si ceux-ci tremblent devant notre regard brouillé demandent dès à présent à connaître leurs noms.

Pour autant, mon second moi n’a pas renoncé, je ne veux même pas y songer, au contraire, nous venons tout juste de commencer. Moi, je suis prêt depuis longtemps, je me suis couché hier soir de bonne heure, la couverture rêche de ma mère tirée jusqu’au ras du cou, et j’ai eu aujourd’hui la visite de mon ami Eric qui a foulé les dalles de notre cour intérieure. Je ne le laisserai plus jamais s’en aller tel que je l’aperçois maintenant, à peine, en train de jouer à notre jeu, en sueur, comme s’il allait cesser d’exister aussitôt qu’il s’éloignera pour rattraper la balle. J’ai peur qu’il ne m’abandonne avant de se rapprocher, en frappant à nouveau la peau circulaire du mal de tête avec le trèfle d’une commotion de jours. Je ferai face, lèvres serrées, pour qu’Eric ne soupçonne rien, à ce qui qui m’apparaît tantôt comme un éblouissement tantôt comme une clarté, malgré tous les goûts de la boisson que j’analyse dans ma bouche comme si c’était ma préoccupation première – je suis capable de faire deux choses à la fois, peut-être même davantage. Déjà, j’ai compris que je suis clandestinement sorti de moi-même, et non pas seulement jusqu’à la chaise voisine du bar où je suis maintenant installé avec un naturel parfait, si bien que je peux m’observer sans broncher. Mon second moi s’est levé en faisant mine de devoir se rendre quelque part à proximité : ce qui lui permet de continuer à m’observer de près, faute de quoi il aurait dû attendre pour ce faire. Tu n’ignores pas le risque qu’il y a à se transporter à l’endroit que tu as choisi : comme si tu étais hypnotisé, préparé d’avance à voir révéler ce que tu redoutes. Tu y parviens pourtant, sans aide, sans devoir fixer la flamme de l’hypnotiseur charlatan, et ce sont seulement tes propres voix auxquelles tu prêtes l’oreille jusqu’à ce que la tension se relâche. Ce relâchement est tout extérieur, car le plancher de bois est disjoint et l’on entend des gens parler. Je les aperçois au rez-de-chaussée à travers les interstices du plancher, cela sent le tas d’herbe humide de la ferme qui nous hébergeait à la sortie de Chalkis, en 1960. Les paysans qui vivaient là ne savaient pas nager, si bien que, derrière le fauteuil paternel posé près du pin maritime, sur la photographie, la vague déserte trouvait une consolation dans les établissements du bord de mer qui servaient une boisson salée comme celle que je bois et hume en ce moment, en observant l’oursin au fond du verre.

Devant moi, sur les assiettes, d’exquises trouvailles paléontologiques avec des colorations que je n’ose pas toucher. Dans la baie vitrée du bar se mêlent sans vergogne images du dehors et images du dedans, toutes en route vers une direction absurde, plus inquiètes encore que moi-même qui pourrais, si je le voulais, ressusciter dans l’instant même, avec une précision de glande salivaire, la saveur du mur dont le revêtement de chaux nourricière répondait à mon appétit d’enfant. Je suis en mesure, non seulement d’énumérer dans l’ordre les noms des gares de l’automotrice du Péloponnèse, mais également d’entendre jusqu’à la plus amoureuse des promesses jamais sussurées et d’en laisser retomber la poussière dans l’atmosphère de la pièce. Je peux dire, également, combien il y a de plis à mon mouchoir et dans quelle poche il se trouve, combien de citrons j’ai dans le frigidaire, quel jour Pasternak est mort, quel est l’élément chimique chloe alumendi si l’inconnu à ma gauche a une soeur, le nombre de globules blancs que j’avais il y a trois ans, si la sonnerie du téléphone retentit en ce moment dans le bureau. Malgré une sérénité inconcevable pour tout autre que moi-même, je conviendrai de mon trouble lorsqu’il faudra que je m’entende me justifier d’une voix presque méconnaissable, comme métamorphosée par un ingénieur du son. Je ne sais pas qui avoue des choses inexistantes, ni pourquoi il est absolument indispensable que mon invisible convive, qui ne s’est pas pas assis à côté de moi, mélancolique, à seule fin de s’empoisonner, se livre à ces aveux. À moins qu’il ne croie que quelqu’un puisse être sauvé dans l’atmosphère suffocante des chambres closes, ou abandonné sous les gravats d’éboulis merveilleux roulant sur un talus d’été. On peut se laisser entraîner sentimentalement au large par des transparences, il n’est pas nécessaire de souffrir et de s’abandonner à l’épuisement pour périr, comme l’avait fait ce nageur suicidaire et incurable qui cherchait désespérément l’horizon dans les eaux profondes de l’île.

Tu peux croire, pendant longtemps, que rien ne t’échappe à travers ta fenêtre immuable et puis il suffit, un beau matin, d’une inclinaison légèrement différente du corps – à croire que tu n’avais pas expérimenté jusqu’alors tous les angles optiques – pour que t’apparaisse ce que tu redoutes le plus. Ainsi, c’est à peu près à la même place que je me tiens au bar, le plus souvent face à l’entrée, par où tout peut arriver, il est vrai, et jusqu’à l’apparition de personnes pas encore nées, sans que personne en soit le moins du monde surpris. Cet instantané mille fois vu sur le mur d’un buveur aux contours indistincts, voici qu’il change et que remonte à la surface quelque chose qui ne cesse de se métamorphoser, son empreinte sur le verre se trouve agrandie sur l’écran, comme sous le regard d’autorités lancées à tes trousses et qui désormais te talonnent de très près.

Mon second moi va et vient, à ce point troublé qu’on ne le reconnaît plus. Cette hâte me déconcerte, et le pire est que je ne parviens pas à m’entendre avec lui. Voilà pourquoi je penche la tête et fixe mon attention sur un point de la table dans l’espoir que le bois changera peut-être de forme. L’attente finit par laisser s’installer l’hypothermie du renoncement auquel j’aspire. Comme si le dernier locataire de mon ancienne maison était revenu cet après-midi, peu avant que ne passe dans la rue l’autocar du soir pour son trajet habituel, et la paresse de l’accompli me trouvera prêt. Je suis maintenant en mesure d’entendre tout ce qui me concerne, mais il arrive que le silence s’empare jusqu’aux cloisons des voisins. Ce n’est pas pour me faire plaisir et me laisser à mes réflexions. C’est simplement que les autres éprouvent la même indolence que moi, et qu’ils sont déterminés, semble-t-il, à s’abandonner eux aussi, après un tel impressionnisme, à ce crepuscule qui ressemble à celui d’aujourd’hui. Mais jusqu’à ce que je ressente moi aussi cette sympathie enfin devenue si proche et que j’appelle à l’aide, il me faudra encore promener une dernière fois ma lampe torche dans le jardin. J’ai dernièrement entendu par là de grands bruissements d’ailes, en quête d’un refuge sans doute, plutôt que pour m’annoncer quelque chose.

© éditions Kedros, Athènes

Traduction: Gilles Ortlieb*


* Gilles Ortlieb est poète et traducteur littéraire du grec.