
Yahia Yaïch Amnesia
de Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi
spectacle en arabe et en français surtitré en français
prochaines dates: 7 et 8 mars à Athènes, Centre Culturel Onassis: https://buy.tickethour.com/stegi-ww/showProductList.html?changeLanguageTo=en&idEvent=2001101 27 mars à Cavaillon: http://www.theatredecavaillon.com/IMG/pdf/exclamationo2_bas_def.pdf 7 et 8 avril à Casablanca, contact: familiaprod@gmail.com 15 mai à Beyrouth, contact: familiaprod@gmail.com
texte: Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi mise en scène: Fadhel Jaïbi assistante mise en scène et régie son: Narjes Ben Ammar scénographie: Kaîs Rostom musique: Gérard Hourbette (Art Zoyd) lumières: Fadhel Jaïbi costumes: Anissa B’diri
avec Jalila Baccar, Fatma Ben Saîdane, Sabah Bouzouita, Ramzi Azaiez, Moez M’rabet, Lobna M’lika, Basma El Euchi, Karim El Kefi, Riadh El Hamdi, Khaled Bouzid, Mohammed Ali Kalaî
régie générale: Yvan Labasse régie lumières: Habib Jarmoud régie costumes: Jalila Madani régie production: Nozha Ben Mohammed directeur production: Habib Bel Hedi
production: Familia Productions, Bonlieu Scène nationale Annecy coproduction: TnBA Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, de l’Union Centre dramatique national du Limousin, de l’Agora Scène nationale d’Evry et de l’Essonne avec le soutien: du Ministère de la Culture et de la sauvegarde du Patrimoine de Tunisie, et pour la tournée: de l’Office International de la Francophonie remerciements à Syhem Belkhodja, à l’équipe de Ness El Fen et à l’équipe de l’espace le Mondial à Tunis
Note d’intention
Responsabilité individuelle, responsabilité collective. Groupe et individu. Groupe contre individu. Individu contre groupe. Groupe contre groupe. Telles sont les variations thématiques que nous continuons de creuser pour un Théâtre épique, ancré ici et maintenant.
La tragédie antique met en scène un choeur malade comme arrière fond de l’action dramatique.
Car le choeur est l’incarnation d’un ordre malade, d’un système en crise, d’une société en plein disfonctionnement, en totale déconfiture en ses valeurs et ses lois, ses convictions et ses rêves.
En Islam, comme chez les grecs, ces multiples lignes de rupture au niveau du groupe, famille, meute, clan, tribu, région, ethnie, patrie, enfantent des individus errants, en perte de repères, écrasés sous le poids de la courbure et de la panique, poussières d’individus atypiques, inclassables ou irréductibles, poussés hors les murs de la cité, expulsés par la loi hors d’elle-même, loi perverse ou figée, inique ou scélérate qui finit par les dresser les uns contre les autres, ou contre elle-même.
La « courbure », la perte de dignité, le découragement, la brisure de l’être humain au cours de sa tentative pour devenir un individu autonome, c’est ce qui transparaît constamment dans le destin des personnages de la tragédie antique.
Il en est de même dans la notion de « OUMMA » (Nation) en Islam, entité définitive et figée qui nie l’existence d’un individu souverain, autonome et citoyen.
Et la « panique » comme dans la tragédie antique, c’est la réaction de l’individu à son expulsion hors du choeur (du groupe). Panique qui nait précisément de la conscience du lien rompu.
Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi
Fable
Le grand homme apprend son limogeage à la télévision.
Chef de l’exécutif dans une république dattière, il tombe comme un fruit vermoulu de son arbre. Sa chute est une inexorable descente aux enfers de la disgrâce, de l’abandon de ses pairs, de l’assignation à résidence surveillée et d’accusations multiples, attisées par la vox populi, faute d’information transparente.
Privé de tous ses titres, postes honorifiques et responsabilités politiques, il se retrouve à l’hôpital psychiatrique après avoir mis le feu à sa bibliothèque.
Placé sous haute surveillance, il y sera traité selon son rang et son prestige, parmi les fous et les détraqués et livré à une hiérarchie médicale et paramédicale arbitraire et fantasque, à l’image du système qui l’avait promu avant de l’éjecter.
Le jour il est face à ses « geôliers », ses médecins, sa famille, ses avocats, ses juges instructeurs qui se relaient à son chevet. Ses nuits agitées sont peuplées par d’autres « visiteurs », ombres errantes et survivants de sa politique désastreuse.
Une journaliste téméraire qui a perdu son âme en « se courbant » devant un régime autoritaire, violent et corrompu, tentera de se racheter une bonne conscience en « l’aidant » à faire son autocritique, histoire de lui fournir l’occasion de sauver son âme, et elle de libérer la sienne qui ne cesse de la tourmenter. Vaines tentatives.
Sur le point d’être livré à la justice, il s’évadera nuitamment de sa chambre d’hôpital grâce à la complicité d’un infirmier dévoué et gagnera clandestinement la frontière, déguisé en bédouine.
Rejoint en exil par son âme damnée la journaliste qui est déterminée à le faire parler par tous les moyens, il consent enfin à entamer avec elle un livre d’entretiens exclusifs dans lequel il compte bien déballer tout ce que sa carrière politique lui a enseigné sur la crapulerie humaine… et tirer son épingle du jeu.
Gracié entre-temps, comme si de rien n’était, il rentrera couler des jours tranquilles dans le pays qui l’avait oublié.
Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi
Fadhel Jaïbi (auteur, metteur en scène) et Jalila Baccar (auteur et comédienne) travaillent un théâtre d’engagement, de chair et de sang, de mouvements et d’émotions, communiquant à leurs spectacles une énergie directe et convulsive. Ils interrogent la condition de l’homo tunisianus contemporain, telle qu’elle s’exprime dans une langue multiple (prose ou poésie pouvant alterner à trois niveaux linguistiques distincts : l’arabe littéraire, le bédouin, le dialecte tunisien urbain), et telle qu’elle résulte d’une histoire complexe, fragmentée, souvent ignorée et refoulée.
Fadhel Jaïbi est une figure incontournable du théâtre arabophone. Depuis 1972, après une vingtaine de créations et trois films, il s’est forgé une stature unique en Tunisie qui lui garantit indépendance, liberté de parole et de création, lui permettant de travailler sans avoir à transiger ni avec le pouvoir, ni avec le marché.
En 2002, Junun (Démences), fut remarqué au Festival d’Avignon.
Corps Otages a été présenté l’année dernière en France à l’Odéon Théâtre de l’Europe à Paris, puis en tournée et notament au national de Bordeaux Aquitaine, à Bonlieu Scène nationale Annecy, la Comédie de Valence scène nationale, la scène nationale du Petit Quevilly, au théâtre de l’Agora scène nationale d’Evry et de l’Essone.

